En tôlerie, trois nuances d'inox couvrent la plupart des besoins : les austénitiques 304 et 316L, très ductiles et résistants à la corrosion, et le ferritique 430, plus économique et magnétique. Le choix se fait selon l'environnement de la pièce et la sévérité de sa mise en forme, car l'inox s'écrouit vite et demande plus d'effort que l'acier doux.
Les nuances les plus employées
Les inox sont des aciers contenant au moins 10,5 % de chrome, élément qui forme en surface une couche passive protectrice. Leur désignation européenne, définie par la norme EN 10088, est un numéro du type 1.4301, tandis que l'usage d'atelier retient souvent l'appellation américaine à trois chiffres.
| Nuance usuelle | Désignation européenne | Famille | Points forts | Usages typiques |
|---|---|---|---|---|
| 304 | 1.4301 | Austénitique au chrome et au nickel | Très formable, bonne tenue à la corrosion courante | Éviers, cuves, mobilier, équipements alimentaires |
| 316L | 1.4404 | Austénitique au molybdène, bas carbone | Meilleure tenue en milieu chloré, bas carbone favorable au soudage | Milieu marin, chimie, pharmacie, piscines |
| 430 | 1.4016 | Ferritique au chrome | Magnétique, plus économique, écrouissage modéré | Électroménager, habillages intérieurs, ustensiles |
D'autres nuances répondent à des besoins particuliers : austénitiques stabilisés au titane, ferritiques stabilisés pour l'échappement automobile, duplex pour les fortes résistances mécaniques. Pour la tôlerie courante, ces trois-là restent les références.
Au pliage : effort et retour élastique
L'inox austénitique demande sensiblement plus d'effort de pliage qu'un acier doux de même épaisseur, en raison de sa résistance plus élevée et de son écrouissage rapide. Son retour élastique est aussi plus marqué, ce qui impose un sur-pliage plus important, que la presse-plieuse à commande numérique calcule et corrige. Le ferritique 430 se comporte plus près d'un acier doux, avec un retour élastique modéré, mais tolère moins bien les rayons serrés.
Les surfaces d'inox restent souvent visibles. Le pliage se fait alors avec des outils propres, réservés à l'inox ou protégés par un film, pour éviter de marquer la tôle et de l'incruster de particules d'acier ordinaire qui rouilleraient ensuite.
À l'emboutissage : la force et le piège de l'écrouissage
Le 304 compte parmi les nuances les plus aptes à l'emboutissage profond, grâce à son grand allongement : l'évier embouti d'une seule pièce en est l'exemple classique. Mais il durcit fortement en se déformant, ce qui demande des presses plus puissantes, des lubrifiants plus performants et parfois un recuit entre deux passes. Des variantes austénitiques à teneur en nickel ajustée sont proposées pour les emboutissages les plus sévères. Le ferritique 430 s'emboutit moins profondément mais de façon plus prévisible, proche de l'acier doux, pour des formes modérées. Les principes communs sont exposés avec l'emboutissage à froid.
Finitions de surface
L'inox est livré dans des finitions normalisées. La finition 2B, laminée à froid, recuite, décapée puis légèrement skin-passée, est la plus courante : surface lisse et semi-brillante. La finition 2R, ou recuit brillant, offre un aspect proche du miroir, obtenu par un recuit sous atmosphère protectrice. Les finitions brossées ou polies, réalisées par abrasion, donnent un aspect satiné recherché en agencement et en électroménager. Le sens du brossage doit figurer sur le plan quand des pièces voisines doivent s'accorder.
Les tôles finies sont souvent livrées avec un film de protection, à conserver pendant la découpe et le pliage, puis à retirer avant qu'une longue exposition au soleil ne rende sa colle difficile à enlever.
Précautions propres à l'inox
- Séparer les flux : outils, brosses, établis et chariots dédiés, pour éviter la pollution ferreuse.
- Découper au laser sous azote pour obtenir un bord propre, non oxydé.
- Souder en maîtrisant l'apport de chaleur, puis décaper et passiver les cordons pour restaurer la couche protectrice.
- Éviter le contact direct avec de l'acier ordinaire ou de l'aluminium en milieu humide, source de corrosion galvanique.
- Préférer des fixations et des inserts en inox, pour ne pas introduire un point faible dans l'assemblage.
Ces précautions ont un coût en organisation, mais leur absence se voit vite : des points de rouille sur une pièce neuve viennent presque toujours d'une contamination par de l'acier ordinaire, d'une soudure laissée sans décapage ou d'un recoin où l'eau stagne. Un dessin qui évite les zones de rétention et les interstices étroits aide autant que le choix de la nuance.
Choisir entre 304, 316L et 430
Pour une pièce intérieure, sèche, sans contact avec des produits agressifs, le 430 suffit souvent et simplifie la fabrication. Le 304 devient la référence dès qu'il faut emboutir profondément, souder beaucoup ou résister à l'humidité et aux produits de nettoyage courants. Le 316L se justifie en présence de chlorures, d'embruns, d'eau de piscine ou de produits chimiques, où le 304 risque la corrosion par piqûres. Un surdimensionnement inutile renchérit la matière sans bénéfice ; un sous-dimensionnement se paie en rouille quelques mois plus tard.
La remise en état de la surface après fabrication est traitée avec les traitements de surface des pièces de tôlerie, et la coupe dans la fiche de lexique sur la découpe laser.
